
Hugo Grygkar, le père du carré Hermès
Hugo Grygkar naît le 9 décembre 1907 à Munich, dans une famille tchèque. Son père est ferblantier et sculpteur de bronze. Dès son plus jeune âge, Hugo fréquente l'atelier paternel.
En 1914, sa famille quitte l'Allemagne pour la France, d'abord en Bretagne à Lannion, puis en banlieue parisienne. Dans sa jeunesse, Hugo est un artiste appliqué et un lecteur passionné qui aime aussi écrire. Personnalité très discrète et modeste, il garde sa formation quelque peu mystérieuse, mais il a très probablement étudié à l'École des Beaux-Arts de Paris, puis à l'atelier La Ruche.
La Ruche, littéralement la ruche, est au début du XXe siècle le lieu de rencontre de tous les artistes de Montparnasse. Chagall, Léger, Modigliani y ont tous séjourné. Grygkar s'y forme dans un bouillon créatif extraordinaire.
1939 : l'engagement et la nationalité française
En 1939, lui et son père s'engagent dans l'armée française en s'enrôlant dans un régiment composé de volontaires tchèques. Quelques mois plus tard, il est démobilisé en raison d'une maladie rénale dont il souffre toute sa vie.
Cet engagement lui vaut la nationalité française, une décision qui ancre définitivement cet artiste d'origine tchèque dans la culture et l'histoire de France. C'est le même pays qui lui offrira, quelques années plus tard, de poser les fondations graphiques de l'objet le plus français du monde après la baguette et la Tour Eiffel.
La rencontre avec Hermès : un destin
Hugo Grygkar rejoint Hermès en 1939 et devient le premier designer de carrés de la Maison. Il arrive au moment précis où Robert Dumas cherche des artistes capables de traduire l'univers d'Hermès sur la soie, deux ans après la création du premier carré en 1937.
Il travaille pendant plus de 20 ans en étroite collaboration avec Robert Dumas, directeur d'Hermès, qui le guide dans le choix des sujets en lui donnant accès à ses archives personnelles ainsi qu'à celles d'Émile-Maurice Hermès. Robert Dumas apprécie le talent mais aussi la modestie et la flexibilité d'Hugo Grygkar qui sait s'adapter à ses exigences. Les deux hommes partagent également un respect mutuel, une attention aux détails et un amour du travail bien fait.
Plus de 100 carrés : l'artiste le plus prolifique de l'histoire d'Hermès
Au cours de sa carrière chez Hermès, Grygkar crée plus de 100 carrés iconiques, chacun reflétant son sens unique du style et sa créativité. Aucun autre artiste dans l'histoire de la Maison n'a approché ce chiffre.
Son style se caractérise par un sens inné du cadrage, de la composition et de l'harmonie des couleurs, mais aussi par une grande culture et un humour d'une grande finesse.
Un détail révélateur de sa personnalité : il ne signe jamais ses créations. Dans un monde où la signature de l'artiste est un outil de valorisation commerciale, Grygkar fait le choix inverse, la Maison prime sur l'individu. Une discrétion absolue au service d'une œuvre totale.
Ses créations les plus emblématiques
Jeu des Omnibus et Dames Blanches (1937) : le premier carré Hermès de l'histoire. Grygkar le dessine avec Robert Dumas à partir d'un jeu de société parisien du XIXe siècle. C'est le point de départ de tout.
Ex-Libris (1946) : l'un des carrés emblématiques des années 1940. Le motif représente l'ex-libris personnel d'Émile-Maurice Hermès, un cavalier au galop entouré de la devise Hermès Paris. Réédité plusieurs fois, il est l'un des carrés les plus reconnaissables de l'histoire de la Maison.
Brides de Gala (1957) : son chef d'œuvre absolu. Deux brides d'apparat se font face dans une composition d'une symétrie parfaite. Réédité en plus de 30 versions depuis 68 ans, c'est le carré le plus vendu de l'histoire d'Hermès. Retrouvez son histoire complète dans notre article dédié à Brides de Gala.
Les Plaisirs du Froid (1954) : une scène hivernale d'une légèreté remarquable, réédité plusieurs fois dont en 1991 et encore recherché aujourd'hui sur le marché vintage.
Minéraux (1959) : une composition géologique audacieuse sur les pierres précieuses. Un sujet inattendu pour Hermès qui illustre la curiosité intellectuelle sans frontières de Grygkar.
La Marine en Bois (1958) : des navires de guerre du XVIIe siècle traités avec une précision d'historien. Réédité en 2000, il est l'exemple parfait de la capacité de Grygkar à traiter n'importe quel sujet avec la même maîtrise.
Les Bois de Boulogne (1957) : une scène de promenade parisienne d'époque, chaleureuse et narrative. L'un de ses carrés les plus appréciés des collectionneurs pour son côté intimiste.
Un héritage gravé dans la soie
Hugo Grygkar travaille chez Hermès jusqu'à sa mort en 1959. En vingt ans, il aura posé les fondations graphiques et esthétiques du carré Hermès tel qu'on le connaît aujourd'hui : la rigueur de la composition, la précision du trait, l'équilibre entre le motif central et la bordure.
Ses carrés continuent d'être réédités régulièrement par Hermès, preuve que son œuvre a atteint cette forme d'intemporalité qui caractérise les grands créateurs. Brides de Gala, créé il y a 68 ans, est toujours en production. Ex-Libris a été réédité en 1996, 2004 et 2007.
Sur le marché vintage, les premières éditions de ses carrés, particulièrement ceux des années 1940 et 1950, atteignent des prix significativement supérieurs à la moyenne. Un carré Grygkar des années 1940 en excellent état est une pièce de collection à part entière.
Hugo Grygkar en chiffres
Donnée |
Chiffre |
|---|---|
Naissance |
9 décembre 1907, Munich |
Arrivée chez Hermès |
1939 |
Décès |
1959 |
Nombre de carrés créés |
Plus de 100 |
Années de collaboration |
20 ans |
Premier carré |
Jeu des Omnibus et Dames Blanches (1937) |
Carré le plus réédité |
Brides de Gala (1957, toujours en production) |
Questions fréquentes
Qui est Hugo Grygkar ? Hugo Grygkar est un artiste d'origine tchèque né à Munich en 1907, considéré comme le père du carré Hermès. Il rejoint la Maison en 1939 et crée plus de 100 carrés en 20 ans de collaboration, dont Brides de Gala et le Jeu des Omnibus et Dames Blanches, le tout premier carré Hermès de l'histoire.
Combien de carrés Hugo Grygkar a-t-il créés pour Hermès ? Hugo Grygkar a créé plus de 100 carrés pour Hermès entre 1939 et 1959, un record absolu dans l'histoire de la Maison qu'aucun artiste n'a approché depuis.
Hugo Grygkar signait-il ses carrés ? Non. Hugo Grygkar ne signait jamais ses créations. C'est l'une des caractéristiques les plus révélatrices de sa personnalité discrète et modeste, pour qui la Maison primait sur l'individu.
Quel est le carré Hermès le plus célèbre d'Hugo Grygkar ? Brides de Gala, créé en 1957, est son œuvre la plus célèbre et la plus rééditée de l'histoire d'Hermès, plus de 30 réinterprétations en 68 ans de production continue.
Les carrés Hugo Grygkar sont-ils rares ? Les premières éditions des années 1940-1950 sont les plus rares et les plus recherchées. Les éditions ultérieures sont plus accessibles car plusieurs de ses motifs ont été régulièrement réédités par Hermès.
Quand Hugo Grygkar est-il décédé ? Hugo Grygkar est décédé en 1959, après 20 ans de collaboration exclusive avec Hermès. Il souffrait d'une maladie rénale depuis son engagement dans l'armée française en 1939.

